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Édition en ligne - Bilan québécois et canadien (2)
Auteur Message
Serge-André Guay
futur grand maître de l'univers


Inscrit le: 07 Jan 2005
Messages: 3

MessagePosté le: Ven Jan 07, 2005 7:40 pm Répondre en citant
Le Canada et le Québec toujours au dernier rang de l’édition en ligne

Culture canadienne en ligne : moins de 1 % à la littérature
Québec tarde à adopter une politique d’aide

On dénombre plus de 500 éditeurs en ligne en Occident. Aucun au Canada et au Québec. Pourtant, comme partout ailleurs, nos auteurs, y compris les écrivains professionnels, éprouvent de plus en plus de difficultés à intéresser les éditeurs traditionnels. En fait, ces derniers refusent plus de 90 % des manuscrits soumis à leur attention. Ainsi, la liberté d’expression des auteurs est réduite à son minimum. Il en va de même de la liberté de choix des lecteurs face à la diversité éditoriale. En bout de ligne, c’est la diversité culturelle et le libre accès à l’information des peuples qui en souffrent. La solution retenue par la plupart des gouvernements occidentaux : l’édition en ligne et l’impression à la demande. Éditer sur support numérique (fichiers PDF) et papier, offrir les livres dans des librairies en ligne, permettre le téléchargement des exemplaires numériques et imprimer les exemplaires papier un seul à la fois ou à la demande expresse de chaque lecteur. L’éditeur libraire en ligne se distingue donc très nettement de l’éditeur traditionnel qui se limite à annoncer son catalogue sur Internet. L’offre d’exemplaires numériques est apparue dès l’avènement de l’Internet. L’introduction sur le marché de la technologie de l’impression à la demande en 1998 a complété l’offre et entraîné un développement fulgurant de l’édition en ligne partout en Occident, sauf chez nous. En fait, on compte un seul éditeur libraire en ligne au Québec et dans tout le Canada français voire en Amérique. Il s’agit aussi du seul éditeur libraire sans but lucratif au sein de la francophonie. En juin 2003, j’ai pris l’initiative de lancer cet éditeur libraire en ligne en créant la Fondation littéraire Fleur de Lys. Aujourd’hui, 19 mois plus tard, notre projet pilote recueille l’appui de 225 nouveaux auteurs, auteurs et écrivains professionnels. Et plus de 70 œuvres inédites ont été publiées sur le site de la fondation. L’avenir se montre très intéressant. Nous devons asseoir ce projet sur une base solide. En fait, nous avons le choix : demeurer une boutique artisanale entre les mains de ses bénévoles ou devenir une PME avec les salariés nécessaires. En termes imagés, nous sommes comme les pionniers. Nous avançons en plein bois, machette à la main pour ouvrir un sentier dans l’espoir de rejoindre un jour la grande ville. L’expédition est ardue. Et à la lumière des réponses négatives de nos gouvernements à nos demandes d’aide financière, nous sommes en droit de nous demander jusqu’à quand les ministres concernés vont garder le Canada et le Québec au dernier rang de l’édition en ligne en Occident parce que partout où l’édition se développe, les gouvernements se sont impliqués.
Culture canadienne en ligne : moins de 1 % à la littérature

Le Canada ne possède aucun programme d’aide spécifique pour l’édition en ligne. Seul le programme Culture canadienne en ligne du ministère Patrimoine canadien offre une possibilité de financement. Il vise à « encourager une présence canadienne unique dans Internet. » Pour ce faire, le ministère travaille « en collaboration avec les créateurs, les organismes culturels, les collectivités et les institutions du Canada afin de produire et de rendre disponible aux Canadiennes et aux Canadiens le contenu culturel numérisé qui aidera à promouvoir la richesse de la culture, de l'histoire, des arts et du patrimoine de notre pays. » Or, seulement 0.75 % des 13,671,223.68 $ accordés dans le cadre de ce programme fut consacré à la littérature depuis la mise en place du programme en 2001. Ici, la littérature représente moins de 1 % de la richesse culturelle du Canada.

De toute évidence, la gestion du programme est déficiente. On ne peut cependant pas l’expliquer par le manque de représentants de la scène littéraire canadienne au sein du Comité consultatif national sur la culture canadienne en ligne. Monsieur Avie Bennett, président de Association of Canadian Publishers, en fut membre de 2001 à 2003, tandis que madame Denise Chong, auteure, madame Carol Geddes, écrivaine/cinéaste et monsieur Hervé Fischer, auteur, artiste et philosophe en sont membres actuellement. Le cas de monsieur Fisher est particulièrement intéressant car ce dernier publie lui-même l’un de ses livres sur son site Internet personnel. Malgré la présence de ces auteurs, la culture littéraire canadienne ne jouit toujours pas de la place qui lui revient au sein du bilan de ce programme.

À ce jour, les sites subventionnés proposent principalement des archives écrites, sonores et visuelles, des documents gouvernementaux, des lettres, des articles et des entrevues culturels, des partitions musicales, de la musique, des films, des vidéos, des cartes, des photographies, des gravures, des icônes, des peintures, des dessins et des CV d’artistes. La mise en ligne d’archives domine et même à ce titre la littérature y est sous-représentée.

Enfin, un seul site littéraire fut subventionné. Et ce dernier est exclusivement réservé à des écrivains professionnels « sélectionnés par un comité d'experts ». Par conséquent, les nouveaux auteurs, les auteurs et les autres écrivains professionnels non sélectionnés en sont exclus. Et ce site se limite à la mise en ligne de courtes fiches bio bibliographiques. Il ne diffuse aucune œuvre littéraire.

C’est dans ce contexte que nous avons déposé un projet pour l’exercice financier 2005-2006. Ce dernier fut refusé par le Comité aviseur du programme. Autrement dit, le Comité aviseur a décidé qu’il n’y aurait pas de site d’édition en ligne au Canada car il fut précisé très clairement que nous étions les seuls en ce domaine en nos frontières. Nous croyons que le comité a pris une décision politique sans même le savoir, à tout le moins, sans en informer la ministre du Patrimoine canadien, Madame Lisa Frulla-Hébert. Nous la prions d’inviter son comité aviseur à revoir sa décision voire de la renverser puisque l’ingérence politique est de mise dans le contexte où des gestionnaires prennent des décisions politiques par-dessus son autorité. Bref, si le Canada doit faire bande à part en matière d’édition en ligne, il lui revient d’en décider.

Québec tarde à adopter une politique d’aide

Il en va de même à Québec. Notre demande d’aide fut refusée et nous n’avons aucune confirmation à l’effet que la ministre en fut informée. Pourtant, il s’agissait d’une demande de subvention « discrétionnaire » adressée à la ministre elle-même. On demande une telle subvention lorsque aucun programme d’aide ne se prête à un projet. L’absence de programme d’aide à l’édition en ligne nous fut confirmée par différents fonctionnaires du ministère de la culture et des communications. Une demande de subvention discrétionnaire s’imposait. Six mois plus tard, nous n’avions pas encore reçu d’accusé de réception. Ce n’est qu’après une lettre ouverte dénonçant la situation dans un quotidien qu’un conseiller de la ministre communiqua avec nous. La demande fut rafraîchie et déposée à nouveau. Mais au lieu de prendre le chemin du bureau de la ministre Line Beauchamp, notre demande « discrétionnaire » s’est retrouvée entre les mains de fonctionnaires, à leur grande surprise et à la nôtre. Or, c’est précisément parce que nous savions que les fonctionnaires du ministère ne pouvaient pas étudier notre demande en raison de l’absence de programme d’aide que nous l’avions adressée à la ministre elle-même. Et nous en avions informé le conseiller politique dès le départ. Malgré tout, il décida de la soumettre aux fonctionnaires.

La directrice des politiques et de la propriété intellectuelle fut mandatée pour nous répondre : « La présente fait suite à votre demande adressée à la ministre de la Culture et des Communications, Mme Line Beauchamp, pour l’implantation du premier éditeur libraire québécois en ligne sur Internet ». Curieusement, la directrice dit répondre au nom de la ministre, mais rien n’indique dans sa lettre qu’une copie conforme fut adressée à la ministre, pas même au conseiller politique.

La directrice reconnaît que « le projet est intéressant à plus d’un titre. Alternative à l’édition traditionnelle pour nombre d’auteurs de la relève, l’édition électronique pourrait s’avérer une voie intéressante pour accroître, dans l’avenir, la diffusion du livre. Banc d’essai, relance numérique des titres épuisés, éditions simultanées en ligne et sur papier, impression à la demande, ne sont que quelques-unes des avenues que propose d’explorer Manuscrit Dépôt » (Nom donné au projet de notre fondation littéraire).

Quant à l’explication du refus, nous la connaissions déjà : « certaines contraintes nous empêchent, toutefois, d’accueillir votre projet. Une première contrainte réside dans le fait que le ministère ne dispose d’aucun programme pour appuyer l’édition en ligne. » En pareil cas, le gestionnaire se doit d’inviter le demandeur à s’adresser à la ministre. Mais il ne pouvait pas nous faire une telle recommandation si le « postier » de la ministre lui retourne toutes les demandes.

La suite de l’explication est captivante : « À cause de ses interférences avec l’édition de livres, l’édition électronique appelle une réflexion globale sur les modes d’intervention du ministère en matière d’édition. Le ministère ne finance pas non plus le démarrage d’entreprises. Dans le cas des éditeurs, par exemple, les subventions sont réservées aux éditeurs agréés, c’est-à-dire aux entreprises qui ont déjà quinze titres à leur actif ou qui ont publié au moins cinq titres au cours de l’année précédant la demande d’agrément ».

La fondation a tout de même poursuivi son projet pilote et édité depuis lors des dizaines de nouveaux titres, mais les demandes d’agrément sont toujours réservées aux éditeurs traditionnels. En fait, 12 mois plus tard, le ministère n’a pas encore amorcé sa « réflexion globale ». Il faut dire que le contexte n’est pas aux nouveaux programmes d’aide à Québec mais plutôt à la réduction des budgets. Si la ministre veut encourager l’édition en ligne, elle devra sans doute jouer au Robin des Bois avec le budget réservé à l’édition traditionnelle. Voilà en partie pourquoi la chaîne du livre traditionnelle n’a pas donné suite à notre invitation à appuyer notre projet.

D’ailleurs, le secteur du livre semble avoir une peur bleue de l’Internet. À titre d’exemple, mentionnons le refus des libraires indépendants de se doter d’un site Internet financé en grande partie par le ministère dans l’espoir de les aider à faire face aux grandes chaînes de librairies en ligne. Au moment du refus, le ministère avait déjà investi plus de 100,000 $ dans l’aventure, une somme à jamais perdue. Curieusement, en novembre dernier, les libraires indépendants dénonçaient la concentration face à l’expansion des grandes chaînes de libraires. Ces dernières gagnent non seulement du terrain par l’ouverture de nouvelles succursales mais aussi grâce à la vente en ligne sur Internet, surtout là où ils ne sont pas encore présents. En refusant de se regrouper sur un super site Internet, nos libraires indépendants ont manqué une belle occasion de permettre aux Québécois de toutes les régions de les encourager. Ils auraient même pu se lancer dans l’édition en ligne à l’instar de plusieurs librairies en ligne américaines. C’est ce que nous leur proposions de faire avec nous, mais l’invitation est restée lettre morte. Comment peuvent-ils aujourd’hui demander à la ministre Line Beauchamp de « prendre rapidement des mesures concrètes avant que le réseau de librairies dont le Québec s'enorgueillit ne devienne un beau souvenir ».


Au dernier rang de l’édition en ligne en Occident

Mauvaise attribution des subventions, répartition irréaliste des budgets face à l’avenir du livre, imbroglio administratif, absence de (volonté) politique, sont autant de raisons qui expliquent pourquoi le Canada et le Québec sont toujours au dernier rang de l’édition en ligne en Occident.

La plupart des gouvernements occidentaux reconnaissent que les livres et l'édition électronique sont un vecteur de la liberté d'expression, du libre accès à l'information, de l'éducation, de la culture, de la démocratie et des droits de l'homme au sein de la société. Ils jouent en outre un rôle essentiel dans la promotion de la diversité culturelle et linguistique, et de l'expression pluraliste.

Par conséquent, des gouvernements s’impliquent dans le développement de l’édition en ligne. À titre d’exemple, mentionnons l’implication des gouvernements nationaux européens et du Conseil de l’Europe à l’origine de plusieurs expériences pilotes qui ont permis de doter le vieux continent de plus d’une soixantaine d’éditeurs libraires en ligne. Des pays tels que la France, l’Allemagne, la Hongrie, l’Italie, l’Autriche, la Finlande, les Pays-Bas, la Suède furent parmi les premiers à bénéficier des actions gouvernementales. On trouve plus de 500 pages d’information sur le sujet sur le site Internet du Conseil de l’Europe. En France, le développement de l’édition en ligne fut si rapide à compter de 1998 que, deux ans plus tard, le gouvernement français fit le point dans le cadre d’une commission d’étude du livre numérique pour conclure à la nécessité de son implication. Aux États-Unis, le développement est tout aussi sinon plus important encore avec 300 éditeurs libraires en ligne. Aujourd’hui, même la Russie a son éditeur libraire en ligne.

Pendant ce temps, la Fondation littéraire Fleur de Lys tient le fort au Québec et au Canada avec un projet pilote qui a suscité à ce jour près de 150,000 visites sur son site Internet (www.manuscritdepot.com). Et dire qu’un responsable de l’édition de la Société de Développement des Entreprises Culturelles du gouvernement du Québec (SODEC) nous confia que s’il n’y avait pas d’éditeur en ligne au Québec, c’est simplement parce qu’il n’y avait pas de demande. Toute demande d’aide financière de notre part était donc peine perdue d’avance.

La fondation a réalisé son exploit en ne profitant d’aucune publicité officielle, faute de moyen, si ce n’est quelques articles dans les hebdomadaires régionaux à l’initiative des auteurs fiers de l’édition de leurs livres et sa participation aux salons du livre de l’Estrie et de Rimouski l’automne dernier, financée par les auteurs eux-mêmes et un imprimeur à la demande. La direction du Salon du livre de Montréal nous a refusés; le salon est ouvert uniquement aux éditeurs traditionnels. Et dire que Montréal fut proclamée Capitale mondiale du livre pour 2005 par l’UNESCO. Il faut dire que le projet fut initié par l’Association nationale des éditeurs de livres… tout ce qu’il y a de plus traditionnels.

Enfin, la formule d’édition en ligne proposée par la fondation est si novatrice qu’elle attire non seulement des auteurs de partout au Canada mais aussi de plusieurs pays francophones, même de la France qui compte pourtant plus d’une trentaine d’éditeurs libraires en ligne. Voilà donc une belle occasion de reprendre dignement notre retard dans le secteur et d’y laisser notre marque.

La concertation de la chaîne du livre traditionnel autour d’un projet d’éditeur libraire en ligne n’est pas pour demain, tant au Canada qu’au Québec, à moins qu’il y ait beaucoup d’argent à partager sur la table et ce n’est pas le cas, tant au fédéral qu’au provincial. Le secteur du livre traditionnel semble pour le moment uniquement s’intéresser à l’édition en ligne sous l’angle du droit d’auteur, un autre sous-entendu d’une question d’argent. Le sujet soulève de faux problèmes puisque les limites de la protection sont similaires à celles de l’édition traditionnelle. Seules différences notables : les redevances sont souvent plus élevées dans l’édition en ligne et le paiement à l’auteur plus rapide. Bref, à défaut de concertation, il faut aller de l’avant. Le succès ralliera les intéressés au fur et à mesure, les exemples concrets aidant. Ou bien il faut se résigner à occuper le dernier rang en Occident pendant que l’on discute, ce qui implique encore plusieurs années de débat.

La fondation a prouvé qu’elle pouvait subvenir à une part des besoins. Par contre, l’aide directe de nos gouvernements est nécessaire pour rejoindre la grande ville, pour reprendre notre métaphore, ne serait-ce qu’à des fins de création d’emploi, sans quoi ses pionniers bénévoles devront se résoudre à bâtir un simple camp en plein bois, quelque part sur le bord d’une rivière Internet.


Serge-André Guay, président
Fondation littéraire Fleur de Lys - Manuscrit dépôt
44, rue Chabot, Lévis, Québec, Canada. G6V 5M6
Téléphone : (418) 838-0890
Adresse électronique : info@manuscritdepot.com
Site Internet : www.manuscritdepot.com
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